Bonjour, je m'appelle Lucilia Caesar et je voudrais un bisou !
Oui, je sais, j'ai un joli prénom... et mon élégance n'a d'égal que la belle robe verte aux reflets bleus dont je suis vêtue.
Vous ne m'aimez pas ?
Pourquoi ?
Je fais partie de la classe des ptérygotes, section des néoptères, division des holométaboles, super-ordre des mécoptéroïdés !
Ca vous en bouche un coin hein?
Et vous, de quelle classe faites-vous partie ?
Hum, voyons... de la classe des humanoïdes section des bipèdes incapables de voler, division des casse-couilles et super-ordre des pollueurs de génie...
rrrhhhoooo, je suis méchante...
Mais tout de même, il n'y a pas longtemps que vous tenez debout sur vos 2 pattes, homos sapiens pas si sapiens que ça et erectus quand ça vous chante...
Dans ma famille, nous survolons cette magnifique planète depuis des centaines de millions d'années. Vous n'existiez même pas, vous n'étiez même pas en projet
Alors, un bisou ?
Oui, je sais, vous ne m'aimez pas... Vous ne prononcez jamais mon prénom, mais dites seulement de moi : "mouche verte des charognes" avec une moue de dégoût
Et pourtant, combien de fois mes soeurs et moi-même avons dû nettoyer la Terre des déchets, des cadavres que vous laissez traîner... parfois même ceux de pauvres hommes tués par vos armes.
Dans ma famille, nous n'avons jamais tué notre prochain.
Je voudrais un bisou !
Ce sont mes yeux qui vous impressionnent... ? Pourtant ils sont ciselés de fort belle manière et reflètent l'univers de leurs milliers de prismes et puis, je n'ai qu'eux pour voir venir le danger et m'en protéger.
Me protéger de vous aussi, qui, ingrats, me pourchassez de vos journaux, de vos tapettes : vous avez oublié que depuis le 16ème siècle et jusqu'à la découverte des antibiotiques, vous avez utilisé nos enfants, nos chers asticots pour soigner vos plaies infectées, vos tissus nécrosés. Parfois encore aujourd'hui, quand les antibiotiques et la chirurgie sont sans espoir, c'est à nous que vous faites appel...
Alors : un bisou...?
Non ?
Je dois vous dire une chose terrible :
Un jour prochain, très prochain à l'échelle de l'univers, vous aurez disparu, vous et vos enfants... Il ne restera de vous que des ossements en voie de fossilisation et quelques bâtisses que la Nature se chargera très vite de rendre à la Nature... mais Moi, Lucilia Caesar, ne me rendrai même pas compte de votre disparition.
Ma descendance, elle, comme mes ancêtres depuis des centaines de millions d'années, continuera de virevolter autour de la Planète, gourmande, turbulente et mutine dans sa robe en lamée vert, si vivante sous le Soleil...
Alors, Moi, Lucilia Caesar, huit cent quatre-vingt dix milliardième du nom, au Nom de l'Amitié et de la Reconnaissance entre nos peuples, je réclame un bisou !!
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